Comment vont les artistes et la culture en France
By LanguaTalk
In this episode, Gaelle interviews her brother Yoann, a dancer and choreographer, about the unique status held by French artists and technicians. You'll discover why artists in France are more numerous and face less precarity than their counterparts in other countries. Gaelle also asks him how the cultural sector is coping amid budget cuts and economic crisis.
You can listen below whilst reading the interactive transcript, or listen & subscribe via any podcast app: Spotify | Apple Podcasts | PocketCasts etc. See the vocab to learn.
Transcript of Artistes et intermittence.mp3
Gaëlle:
Bonjour à toutes et bonjour à tous! Bienvenue dans ce nouvel épisode de Languatalk Slow French. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de faire une interview avec Yoann. Bonjour Yoann.
Yoann:
Bonjour.
Gaëlle:
Et Yoann est mon frère. Et peut-être que vous vous rappelez que j'ai déjà fait une interview avec lui il y a quatre ans. Le temps passe vraiment vite. C'était en janvier 2022 et le titre de cet épisode, c'était "découvrir un métier: danseur et chorégraphe". Et donc, dans cet épisode, Yoann nous avait parlé de toute sa formation, comment il était devenu danseur et de ses premières années en tant que professionnel, en tant que chorégraphe. Donc Yoann, quatre ans plus tard, où est-ce que tu en es dans ta vie? Qu'est ce que tu fais?
Yoann:
Déjà, merci de refaire une nouvelle interview avec moi. Quatre ans plus tard, je suis toujours danseur, toujours chorégraphe. Je fais des projets maintenant autour de la ville de Lille, à Roubaix plus précisément. Je travaille dans une compagnie que j'ai créée et je fais des projets à vocation sociale, c'est-à-dire avec des publics des quartiers prioritaires, des habitants des quartiers populaires, autour de la démocratisation de l'art.
Gaëlle:
Alors c'est intéressant. Yoann a dit "Des quartiers prioritaires, des quartiers populaires". "Populaire" en français a un double sens. Ça veut dire "populaire" dans le sens qui est très apprécié, mais aussi populaire dans le sens pauvre. Donc voilà, Yoann travaille plutôt sur des projets culturels en direction de publics qui n'ont pas trop d'argent en fait.
Yoann:
C'est très bien résumé.
Gaëlle:
Très bien. Et donc aujourd'hui, j'ai proposé à Yoann de faire une interview pour parler d'un concept et d'une situation qui est très française, qui concerne les artistes en France, et on appelle ça "l'intermittence du spectacle". Et donc je voudrais qu'il nous explique ce que c'est, comment ça marche pour lui concrètement et qu'on comprenne un peu pourquoi cette situation française est assez exceptionnelle pour les artistes. Donc, Yoann, je commence avec ma première question: est-ce que tu peux essayer de définir de manière simple -et j'insiste de manière simple - sur : qu'est-ce que c'est l'intermittence du spectacle?
Yoann:
Alors pour faire très simple, l'intermittence du spectacle, c'est le chômage pour les artistes et les techniciens qui travaillent dans le secteur du spectacle et de l'audiovisuel, le cinéma et la télévision.
Gaëlle:
Donc le mot chômage, qui est un mot essentiel dans cet épisode, c'est "Unemployement scheme". Donc l'argent que le gouvernement nous donne quand on n'a pas de travail.
Yoann:
Donc les artistes et tout le secteur culturel a la spécificité de travailler avec des contrats très courts. Souvent, un artiste, il travaille une journée pour un cachet. Un cachet, c'est une somme d'argent qu'on a pour la journée de travail et le lendemain, potentiellement, on travaille pour un autre projet. Ou alors on ne travaille pas pendant quelques jours et de nouveau on a un spectacle et donc un autre contrat. C'est pareil pour les techniciens qui font la lumière, le son. Et c'est pareil dans le cinéma où les gens travaillent le temps d'un tournage et après ils ont quelques jours, quelques semaines de chômage. Et donc, pour répondre à cette particularité, le système d'assurance chômage en France s'est adapté pour qu'on puisse avoir des jours de chômage les jours où on ne travaille pas.
Gaëlle:
Donc si on résume un peu, c'est pour en fait supprimer ou modifier la précarité des artistes, parce que c'est très très rare pour un artiste ou une artiste de travailler avec un contrat très long. On est rarement embauché, employé dans une compagnie. Ça c'est possible, mais c'est rare. Et donc pour les artistes, c'est très précaire comme situation de faire un concert ici ou un spectacle de danse là. Et entre les deux? Eh bien, il n'y a rien. Donc, ce chômage qui s'appelle l'intermittence du spectacle, permet de compenser, de combler le vide. Le moment où il n'y a pas d'argent parce qu'il n'y a pas de spectacle. J'ai bien résumé?
Yoann:
Oui, c'est ça. Et ce qu'il faut comprendre, c'est comment ça marche. En fait, en France, une de nos spécificités de toutes les caisses, que ce soit la sécurité sociale, (que le monde entier nous envie) ou la caisse d'assurance chômage... Le principe c'est que quand on est salarié, "employed", on cotise, nous et notre employeur, à des caisses pour mettre en commun de l'argent pour les moments où, soit on sera malade, soit dans le cas d'une parentalité, soit dans le cas d'une perte de l'emploi, donc dans le cas du chômage. Et donc c'est juste notre salaire qui est différé, c'est le salaire qui vient après.
Gaëlle:
Donc Yoann, il a dit "on cotise". "Cotiser", oui, ça veut dire que quand vous avez un salaire, l'argent que vous donne votre employeur, ce n'est jamais tout l'argent que vous avez à la fin, il y a toujours des impôts que vous payez - so taxes. Et il y a une partie de cet argent qui va pour financer votre santé, votre retraite, votre chômage. Si on veut. Et donc ça, c'est ce qu'on appelle "des caisses".
Yoann:
C'est ça. Et ce qu'il faut comprendre, c'est que ces caisses, ce n'est pas le budget de l'État, c'est vraiment la caisse d'assurance chômage. Elle est à l'équilibre, c'est à dire qu'elle reçoit les cotisations des gens qui travaillent d'un côté et de l'autre, elle paye le chômage des gens qui n'ont pas de travail. Évidemment, pour avoir le droit au chômage, il faut avoir cotisé avant.
Gaëlle:
Donc ça veut dire qu'il faut avoir travaillé. Donc si on travaille, on donne de l'argent à ces caisses et quand on ne travaille pas, eh bien on a le droit d'avoir, de reprendre, cet argent pour les moments où on n'a pas de travail. C'est comme ça que fonctionne tout le concept du chômage.
Yoann:
Exactement. Et donc, pour les artistes et les gens qui travaillent dans le secteur culturel en général, cette caisse là s'appelle "l'intermittence". Elle dépend du chômage français et elle est régie par deux annexes qui définissent tous les métiers qui ont le droit de rentrer dans ce système là.
Gaëlle:
Mais donc, est-ce que Yoann, tu peux nous expliquer concrètement pour toi comment ça marche? Comment on a le droit d'avoir cette intermittence? Est-ce que c'est facile? Voilà, nous expliquer avec plus de détails pour toi.
Yoann:
Donc pour ouvrir des droits à l'intermittence, comme je le disais, il faut avoir travaillé. Il faut avoir travaillé 507 h en un an, réparties sur douze mois. Sachant qu'un cachet d'artiste compte pour 12 h.
Gaëlle:
Donc un cachet c'est, donc pas un nombre d'heures exact, mais par exemple, si toi tu fais quoi, Un spectacle, on considère que c'est un cachet.
Yoann:
Exactement. Pour un spectacle, comprenant le temps de déplacement, le temps de préparation, de maquillage, de costumes, tout ça,... Il y a un nombre de temps que je passe pour préparer ce spectacle là.
Gaëlle:
Donc en gros, le gouvernement considère que quand il fait un spectacle, c'est un cachet et ça vaut 12 h. Et donc si dans une année, les artistes travaillent pendant 507 h, alors qu'est-ce qui se passe?
Yoann:
Alors on a le droit de percevoir l'intermittence du spectacle, c'est-à-dire les jours où je travaille, je n'ai pas la somme d'argent, mais les jours où je ne travaille pas, j'ai une petite somme d'argent. C'est le chômage tous les jours du mois où je ne travaille pas. Concrètement, à la fin d'un mois, je déclare à France Travail -qui est la caisse qui gère l'assurance chômage en France- combien de cachets j'ai travaillé et ils déduisent ce chiffre du nombre total de jours dans le mois. Si j'ai travaillé dix jours, ils prennent les 30 jours -10 et ils me donnent 20 fois la somme que j'ai le droit par jour.
Gaëlle:
Donc si on simplifie, ça veut dire que les jours où Yoann travaille comme en tant qu'artiste, donc quand il fait un spectacle, eh bien il est payé pour son spectacle. Et après les jours où il ne travaille pas, eh bien c'est compensé par un salaire qui n'est pas très important, mais qui permet d'avoir un salaire constant. Est-ce que tu peux nous donner un peu des chiffres pour qu'on se rende compte de est-ce que les artistes français sont riches ou pas?
Yoann:
Alors la moyenne de la somme qu'on gagne avec le chômage par jour est aux alentours de 52 € par jour. C'est environ les deux tiers du salaire minimum. Donc si on ne travaille pas du tout dans le mois, les intermittents gagnent en moyenne 1 300 € par mois, ce qui est en dessous du salaire minimum.
Gaëlle:
Oui, c'est moins que le salaire minimum. Le salaire minimum il est de 1 800 € brut, donc avant les taxes. Donc là, un intermittent du spectacle, si il a seulement le chômage, il a 1300 €. Oui, donc c'est moins.
Yoann:
Alors ça c'est vraiment une moyenne. C'est à dire que plus on travaille d'heures, plus on a le droit à de l'argent de notre chômage. C'est logique. Donc les gens qui sont intermittents mais qui n'ont pas travaillé beaucoup, ils vont avoir par mois entre 1000 et 1300. Ce qui est la majorité des gens. Et puis il y a des intermittents qui peuvent être plus aisés. Il y a certains secteurs où il y a beaucoup de travail. Ils sont très spécifiques. C'est à dire par exemple, un musicien spécialisé sur un instrument, il va pouvoir être payé assez cher et il va réussir à trouver pas mal de travail. S'il a beaucoup travaillé dans l'année, à la fin, il peut espérer une assurance chômage aux alentours de 2 000 € par mois. De même, les comédiens. Pour la plupart, ont des difficultés à devenir intermittents parce qu'il y a beaucoup de concurrence. Mais les quelques stars qui travaillent dans le cinéma, avant, pouvaient avoir des intermittence extrêmement élevées. Depuis, ils ont été retirés du système. Il y a une limite de l'argent qu'on peut gagner par an pour pouvoir bénéficier de cette assurance chômage. C'est-à-dire que les grandes stars du cinéma français ne sont pas intermittents et intermittentes du spectacle.
Gaëlle:
Ce qui paraît logique, parce que c'est un système qui a été mis en place pour lutter contre la précarité, donc c'était assez fou de penser que des grandes stars qui peuvent gagner beaucoup, beaucoup d'argent, des millions dans des films pouvaient bénéficier de ce système. Donc ça, ça a été corrigé. Ok. Donc est-ce que c'est difficile pour les artistes de l'obtenir? Est-ce que c'est difficile de faire les 507 h par an?
Yoann:
Donc 507 h ça correspond pour les artistes à 43 cachets. Donc c'est assez difficile à faire pour la plupart des artistes. C'est un combat, une attention, une vigilance constante. Tout le monde se pose la question: "comment je vais réussir à faire tout ce travail cette année?" C'est de plus en plus difficile parce qu'il y a de plus en plus d'artistes et que les budgets de la culture sont diminués année après année, et donc il y a de moins en moins de spectacles. Les contrats sont de plus en plus courts. On crée beaucoup plus vite qu'avant des spectacles. Et donc c'est plus difficile d'obtenir le statut.
Gaëlle:
Oui, c'est plus difficile d'avoir le nombre de cachets pour ensuite ouvrir ce droit au chômage. Très bien. Et du coup, cette intermittence du spectacle existe depuis quand en France?
Yoann:
Donc c'est quelque chose qui a d'abord été créé pour l'industrie du cinéma. L'anecdote, c'est que les gens qui travaillaient pour le cinéma, notamment les constructeurs des décors, les menuisiers, les charpentiers qui devaient créer des fausses villes pour qu'on puisse filmer un film, c'était un métier très précaire et c'était plus facile pour eux, finalement, d'être à leur compte et de travailler dans le secteur général. Mais le cinéma, le problème, c'est que le contrat dure deux semaines ou deux mois, mais ensuite, on n'a pas de travail et on n'est pas certain d'en retrouver tout de suite. Donc, il y avait un grand nombre de très bons travailleurs qui ne voulaient pas travailler dans le cinéma et le cinéma, avaient du mal à trouver des personnes qualifiées et compétentes pour faire le travail. A ça, ils se sont dit : il faut que les périodes où les artisans ne travaillent pas, ils puissent percevoir le chômage.
Gaëlle:
Donc c'est intéressant parce que c'était d'abord pour des artisans et pas des.. pas les comédiens. Il faut voir, c'était plutôt pour les gens qui construisaient tout le monde autour du spectacle. C'était pour eux qu'on a eu besoin de ce système.
Yoann:
Exactement. Les artistes sont restés précaires pendant encore 20 ans. Donc ça, c'était les années 1930 à peu près. C'est le boom, c'est l'explosion de l'industrie du cinéma. À Hollywood particulièrement, mais en fait, en Europe aussi. Et en France, on avait des grands studios de cinéma: au nord de Paris, dans le sud, à Marseille. Et donc c'est eux qui ont créé ce régime là pour les gens du cinéma. Ensuite, ça a été élargi à tous les techniciens et techniciennes, et donc les artisans qui travaillaient dans le secteur du spectacle vivant. Donc les gens qui font la lumière, les gens qui font la sonorisation. Parce que, de même, c'était des métiers très qualifiés, donc difficiles à trouver des gens compétents pour faire ce travail et que, si on ne permettait pas que ces gens aient un revenu un peu toute l'année, alors ils allaient partir ailleurs, faire.. Travailler pour d'autres gens. Alors qu'on en avait besoin. Donc, c'est quand même aussi dans un rapport de force. C'est parce qu'on avait besoin des techniciens et de leurs compétences qu'on a été obligé de favoriser leur statut. Et ensuite, en 1969... Donc en 1968, il y a des immenses grèves en France.
Gaëlle:
Grèves c'est "strikes".
Yoann:
En 1968, il y a une presque révolution en France (et dans le monde d'ailleurs). Et en France, c'est l'occasion pour les artistes de se retrouver ensemble, de discuter et de dire: "Eh bien, nous aussi, on devrait demander l'intermittence du spectacle".
Gaëlle:
Donc, si on résume, ça a commencé en 1936 pour le monde du cinéma, pour les artisans du cinéma, et ensuite ça s'est étendu aux techniciens du monde du spectacle. Et ensuite, enfin, en 1969, à tous les artistes. Donc 30 ans après. Voici pour le résumé de l'historique. Est-ce que tu pourrais nous dire rapidement comment se porte la culture en ce moment en France? Est-ce que c'est une bonne période pour les artistes ou est-ce que c'est compliqué?
Yoann:
Alors c'est... C'est l'apocalypse. Non mais c'est un grand mot. Mais les politiques publiques qui financent notamment les spectacles -et le cinéma d'ailleurs-, sont année après année réduites. Il y a de moins en moins de budget de l'État pour la culture.
Gaëlle:
Parce que il faut voir que la France a une situation assez particulière, que nous sommes un pays où la culture est financée par l'argent public. On est vraiment un pays où la culture est financée. Ce n'est pas vrai dans tous les pays, mais en France, c'est comme ça. Et donc les budgets, Yoann nous dit, sont de moins en moins importants, il y a de moins en moins d'argent. Alors, bien sûr, nous sommes dans un contexte économique qui n'est pas très bon, mais ce sont des choix politiques. C'est ça?
Yoann:
Exactement. Il y a des choix politiques qui sont faits de favoriser, par exemple, les budgets de la sécurité, de l'armée, qui voient leur budget augmenter et quasiment tous les autres services publics, que ce soit l'éducation, la santé, l'hôpital ou la culture [voient leurs budgets diminuer] Qui représente un budget infime. C'est tout petit. Actuellement, les artistes, en ce moment, en juillet 2026, on essaye de se battre pour que la culture représente 1 % du budget de l'État. Pour l'instant, on en est loin. On est à 0,6.
Gaëlle:
Et est-ce que tu sais quel est le budget de la défense, donc de l'armée, du militaire?
Yoann:
De l'ordre de... Je vais dire des bêtises! En vrai non, je ne sais pas. Mais c'est plusieurs centaines de milliards d'euros. Là où le budget de la culture est à peine de 1,5 milliard.
Gaëlle:
Donc vous avez des gros problèmes de financement, ce qui vous rend d'autant plus précaire. Et oui, avec la difficulté de trouver des cachets, trouver des spectacles, trouver des gens qui veulent vous... monter des choses culturelles et artistiques. Est-ce que d'après toi, il y a des partis politiques qui sont plus favorables ou défavorables à la culture?
Yoann:
Alors en France, la culture est un peu une particularité. Depuis très longtemps, il y a l'envie à droite ET à gauche, de favoriser la création artistique en France et notamment de lutter contre les industries du cinéma artistique et culturel étrangères.
Gaëlle:
Par exemple Hollywood. On a clairement... On voulait avoir une industrie du cinéma forte en France, donc on ne voulait pas dépendre seulement du cinéma américain. C'est ça?
Yoann:
Exactement. Et donc dans la culture, dans le spectacle vivant, c'est pareil. La France rayonne d'une certaine manière, a un assez fort soft-power, grâce à son secteur culturel. On connaît par exemple le festival d'Avignon, qui est assez connu à l'international. Mais en France, il y a des grands grandes institutions, par exemple la Comédie-Française, l'Opéra de Paris qui est la plus vieille institution de danse au monde,... Tout ça, ça fait rayonner la France à l'international. Mais en France, ce qu'il faut voir, c'est que la culture, c'est un véritable tissu. C'est des milliers de petites compagnies. Quand je dis petites, c'est à dire qu'il s'agit de deux artistes, cinq artistes et des compagnies comme ça, il y en a beaucoup qui proposent beaucoup de spectacles à tout le monde et qui font vivre l'art, la musique, la danse, les marionnettes, le théâtre un peu partout sur le territoire. Et donc c'est un pays riche culturellement. Et cette particularité, historiquement, la gauche l'a toujours plus favorisée en mettant plus d'argent. Mais même la droite voyait le bénéfice que cela apportait à la France. Et donc ne coupait pas forcément trop dans les budgets et valorisait aussi la culture.
Gaëlle:
Oui, la gauche et la droite ne finançaient peut-être pas les mêmes choses, mais toutes les deux avaient une politique de financement de la culture. C'est correct?
Yoann:
Oui, absolument. Maintenant, aujourd'hui, on se retrouve dans une situation où l'extrême droite en France monte de plus en plus et arrive à avoir des élus, notamment des élus locaux, c'est à dire des maires par exemple, qui vont au delà de financer moins. Ils vont surtout censurer des pièces. On l'a vu il y a quelques mois avec une pièce de Alexis Michalik, qui est un metteur en scène très connu en France. Il a remporté énormément de prix, très prestigieux et il a créé une pièce il y a maintenant presque dix ans, qui tourne partout en France, qui a fait des milliers de représentations, qui s'appelle Passeport, qui parle d'immigration. Et il a été déprogrammé, donc censuré par le maire de la ville de Castres qui est un élu du Rassemblement national. Et ça c'est le haut de l'iceberg, c'est celui qu'on voit parce que ça a été très médiatisé. Mais derrière, c'est tout le secteur culturel qui fait face à des annulations de spectacles. Quand les maires, notamment d'extrême droite, mais parfois maintenant aussi de la droite, par exemple du parti Les Républicains, décide que leur spectacle est trop politique.
Gaëlle:
Trop woke.
Yoann:
Trop woke particulièrement. Ils voient les artistes comme étant des militants idéologiques. Quand bien même le spectacle serait un spectacle pour enfants où on parlerait de la tolérance et de de l'acceptation des autres. Ce genre de spectacle peut se faire déprogrammer aujourd'hui et c'est dramatique. On est tous et toutes concernés par ça, parce que c'est la liberté d'expression même qui est attaquée. Et la liberté de création, c'est très important. C'est ce qui fait qu'on est dans un État démocratique et c'est attaqué de toutes parts par la baisse des financements, mais plus frontalement par la censure.
Gaëlle:
Oui, donc la culture continue quand même d'être subventionnée. La France continue d'avoir une politique culturelle et l'intermittence reste quelque chose quand même d'assez exceptionnel dans le paysage artistique mondial. C'est extrêmement rare d'avoir un pays qui donne un chômage aux artistes, mais on est dans une situation où les artistes reste précaires. Ça reste en danger, avec moins d'investissement et même des attaques, notamment du côté de l'extrême droite, avec des spectacles qui sont annulés ou déprogrammés. Oui, donc on n'est pas dans une situation idyllique, même si c'est peut-être quand même toujours mieux que dans d'autres pays, grâce à une certaine forme de promotion de la culture et l'intermittence du spectacle.
Yoann:
Absolument. Ce qu'il faut voir, c'est que ailleurs dans le monde, les artistes sont beaucoup moins nombreux. On a un des secteurs culturels les plus vivants, les plus créatifs et on est véritablement à l'avant garde sur plein de domaines artistiques parce que on a la possibilité effectivement de vivre décemment de notre métier grâce à l'intermittence. Il faut savoir qu'en Allemagne, par exemple, de très nombreux artistes très compétents, formés dans les plus hautes écoles du pays, sont obligés d'avoir un deuxième travail à côté de leur pratique artistique.
Gaëlle:
Oui, par exemple, serveur dans un bar ou quelque chose comme ça.
Yoann:
C'est ça. Ce qu'on appelle un boulot alimentaire.
Gaëlle:
Oui, c'est juste pour payer la nourriture à la fin du mois, mais ça n'a.. Ce n'est pas connecté, en lien, avec leur activité. Merci beaucoup Yoann. Je vois le temps qui passe, c'était très intéressant. J'espère que pour vous, les auditeurs, vous avez compris cette spécificité française qui permet d'avoir un.. Oui, un secteur culturel extrêmement dynamique et vraiment très riche, mais qu'il est aussi menacé. Merci beaucoup Yoann.
Yoann:
Merci.
Gaëlle:
Et merci à vous les auditeurs de nous avoir écoutés. Je vous souhaite une très bonne journée et je vous dis à la prochaine.
Learning tips:
1. Follow the interactive transcript to read as you listen. You can replay a sentence by clicking on it.
2. To work on your speaking skills and pronunciation, try copying what Gaëlle says from time to time.
3. Boost your vocab by looking up words you don't understand: Reverso French - English translator
Look out for these words, and learn them:
- un quartier prioritaire
- un quartier populaire = a working-class neighbourhood
- le chômage = unemployment
- l’intermittence du spectacle = unemployment scheme for artists
- un cachet = a fee
- un tournage = a film shoot
- la précarité = precariousness
- cotiser = to pay contributions
- la caisse [d’assurance maladie / chômage] = the [health / unemployment] fund
- en moyenne = on average
- un intermittent, une intermittente = male or female performing art worker
- les créateurs de décors = set designers
- un menuisier = a joiner
- un charpentier = a carpenter
- avoir du mal à = to struggle to
- percevoir, toucher, gagner [de l’argent] = to earn, to make [money]
- le boom = the boom
- un rapport de force = a power struggle
- d’immenses grèves = massive strikes
- un budget infime = a tiny budget
- le budget de la défense = the defence budget
- le spectacle vivant = the performing arts
- censurer = to censor
- déprogrammer = cancel
- un boulot alimentaire = a job just to pay the bills
Référence : pièce de théâtre « Passeport », du metteur en scène Alexis Michalik
Want to become fluent in French as fast as possible? Check out the videos and reviews of the available French teachers on LanguaTalk. Then book a free 30-minute trial session.