Je savais que je courais très vite et je voulais voir de quoi j'étais capable. Alors j'ai décidé de participer à cette compétition d'athlétisme, mais je n'ai rien dit à ma mère. J'ai pensé, j'y vais et j'essaye. Je ne sais pas pourquoi, mais dans ma tête, je me disais que j'étais la meilleure. Je voulais gagner.
Mon rêve, c'était de porter un uniforme avec le non Mali écrit dessus. Je voulais gagner une médaille d'or pour mon pays. Je me suis dit, cette course, c'est ma chance. Pendant les repas. J'étais la huitième fille, mais en taille, j'étais plus grande que toutes mes soeurs.
Pendant les repas, je mangeais beaucoup, plus que les garçons. Alors ma famille me réprimandait souvent. Je n'étais pas une fille typique, mais j'étais forte et rapide. J'ai une grande soeur qui s'appelle Corotumu. Elle a quatre ans de plus que moi.
C'est la première fille de la famille qui est allée à l'université. Ma mère voulait que j'entre à l'université aussi pour devenir médecin. C'était ma première compétition d'athlétisme. Les autres athlètes venaient de lycées prestigieux, comme par exemple la plus grande école de sport de Bamako mais moi je venais d'une école publique et j'étais débutante en athlétisme Ils avaient de vrais vêtements de sport. Moi, je portais un vieux t-shirt et un pantalon coupé aux genoux, mais j'ai pris ma place au début de la course.
J'ai regardé à droite, j'ai regardé à gauche, il n'y avait personne. J'ai regardé derrière moi et j'ai vu que tout le monde était très loin derrière. Alors j'ai couru encore plus vite. Cette course a changé ma vie. Après ma victoire, j'ai dit à mon professeur, je veux commencer à m'entraîner en athlétisme.
Après trois mois, monsieur Maïga m'a dit qu'il voulait me recruter pour l'équipe nationale du Mali. J'étais si contente et si fière. L'entraîneur a parlé à ma mère et à mon oncle. Ma mère a dit, Jenny Bo doit se marier. Et l'entraîneur a répondu, Jenny Bo peut courir avec nous.
Quand elle devra se marier, elle l'arrêtera. C'est promis. Avec chaque médaille, je gagnais un peu d'argent. Quand je rentrais à la maison, je donnais tout à ma mère. Elle était contente, mais elle était inquiète.
Elle me disait, c'est bien, mais attention, tu dois te marier. Une femme doit se marier. Tu ne dois pas finir comme Koro Tumou et moi on dormait dans la même chambre. Souvent la nuit, on parlait ensemble avant de dormir. Je disais à ma soeur que j'adorais courir et que je voulais gagner une médaille d'or pour le Mali et qu'Oroctmo me disait, si tu te maries, tu auras un bébé.
Tu ne pourras plus aller à l'école et tu ne pourras plus courir. L'athlétisme, ce sera fini. C'était ma plus grande peur. Ensuite, un deuxième homme m'a demandé en mariage et puis un troisième. À chaque fois, je prenais mon temps avant de donner une réponse.
Alors, ils ont tous abandonné. Ma mère était désespérée. Elle pensait que je finirais par vivre seule et sans enfant. Alors cela créait beaucoup de conflits. Kurotumu était la seule personne qui me comprenait.
D'un côté, il y avait mon rêve et de l'autre côté, il y avait ma famille. Je voulais aider ma famille et je voulais conforter ma mère, mais je ne voulais pas abandonner mon rêve. Un jour, un entrepreneur français m'a vu courir dans une compétition et il a proposé de m'entraîner en France gratuitement. Je me sentais bloquée comme si la fédération essayait de me cacher. J'avais arrêté l'école pour l'athlétisme et j'étais en conflit avec toute ma famille.
Je devais absolument réussir. Je n'avais pas d'autres options. Pour que ma carrière continue à avancer, il fallait que je participe à des grandes compétitions internationales. Quand j'ai vu que mon nom n'était pas sur la liste, ça a été un grand choc. Ma fédération avait sélectionné trois autres athlètes.
J'étais sous le choc, je ne comprenais pas. Même aujourd'hui, je ne comprends pas cette décision. Pour moi, une chose était certaine. Si je ne pouvais pas m'entraîner à l'étranger et si je ne pouvais pas aller à Marrakech, ma carrière d'athlétisme était finie. Quand je me suis réveillé, j'ai dit à ma mère, si je ne peux pas m'entraîner pour le championnat d'Afrique, ça sera fini pour moi.
Je ne sais pas comment je vais faire. Ma mère a demandé à Korotumu qu'est-ce qu'on peut faire pour aider ta soeur Elle veut s'entraîner à l'étranger, mais elle n'a pas de visa. J'ai dit à ma fédération que je partais en vacances chez ma soeur. Je n'ai pas dit pour combien de temps. Je ne savais pas comment aller à Marrakech.
J'avais dépensé presque tout mon argent pour aller en France. Alors, je ne pouvais pas acheter le billet d'avion pour Marrakech. Et puis, c'était très difficile d'aller au championnat sans le soutien de la fédération, mais j'étais
déterminé.
Un homme m'a vu courir et il a pensé que j'étais une athlète française célèbre. Il est allé voir mon entraîneur. Mon entraîneur lui a expliqué que je venais du Mali et que j'avais beaucoup de talent, mais que ma situation était compliquée. J'avais un plan, mais il était risqué. Avant les grandes compétitions, tous les jours, des guides attendent les athlètes à l'aéroport.
J'ai pris l'avion toute seule pour Marrakech. Quand je suis arrivé, un guide m'a vu tout de suite. Le guide a dit aux organisateurs, c'est une athlète professionnelle qui vient du Mali. Elle est arrivée par la France. Il faut écrire son nom sur la liste.
Les organisateurs ont entré mon nom dans l'ordinateur. Et voilà, je t'ai inscrite. C'était un miracle. Quand ils m'ont vu, tout le monde a arrêté de parler. Ils avaient l'air très surpris.
Finalement, le président de la fédération a dit, Genebu, tu es arrivé. Viens t'asseoir avec nous. Il n'a pas créé de conflit on était dans un autre pays il ne voulait pas parler de nos problèmes devant les étrangers j'étais revenu dans la famille de l'athlétisme malien Dans ma tête, je me pensais capable de gagner, mais j'avais peur quand même. J'essayais de me concentrer et de ne pas regarder les autres coureuses. Je regardais droit devant moi.
Pendant la course, j'ai donné le maximum, mais je n'étais pas prête. J'ai vu une athlète du Nigeria passer devant moi. Elle courait loin, loin devant moi. J'ai fini septième. Après la course, les gens demandaient qui est cette fille Je n'ai jamais vu cette coureuse.
Les entraîneurs des autres pays sont venus me rencontrer. Des coachs du Nigeria et même du Sénégal voulaient travailler avec moi. Ma fédération ne pouvait plus me cacher parce que tout le monde m'avait vu. J'ai accompli mon premier objectif. Je me suis qualifié pour les j o et quand je suis arrivé à Rio, j'ai eu une grande surprise.
J'allais porter le drapeau de mon pays. C'était un grand honneur. Gagner la médaille d'or aux jeux de la francophonie, ça a été un moment extraordinaire. J'ai pu arriver première, prendre place sur le podium, voir le drapeau du Mali et recevoir la médaille d'or. J'étais tellement heureuse, j'étais tellement fière pour mon pays.
Parfois, je lui dis, ça y est, je suis prête à me marier et avoir des enfants. Elle me répond, oh maintenant, fais comme tu veux. Je pense qu'elle a compris. Aujourd'hui, elle n'a plus peur de dire qu'elle est fière de moi Et moi, c'est ça qui me rend le plus fier.
Bonjour, c'est Jenny Boo. Il s'est passé beaucoup de choses depuis des ans. En deux-mille-vingt-et-un, j'ai couru aux JO de Tokyo au Japon, c'était incroyable. Je n'ai pas gagné de médailles cette fois-ci, mais je m'entraîne déjà tous les prochains JO en deux-mille-vingt-quatre à Paris. Je suis très très fier de lui.
Notre objectif est de donner accès à l'éducation, à la santé et au numérique aux jeunes filles maliennes. L'athlétisme a changé ma vie et je veux que toutes les jeunes filles de mon pays aient les mêmes opportunités que moi. Notre slogan, c'est bouger, c'est vivre.